La question de la cohabitation entre le droit de préemption urbain et celui exercé par la SAFER soulève de nombreuses interrogations pour les propriétaires souhaitant vendre leurs terres agricoles ou leurs biens ruraux. Comprendre les limites d'intervention de la SAFER permet d'anticiper les démarches lors d'une transaction immobilière et d'éviter les blocages inutiles. Si la SAFER dispose d'un droit de préemption sur les terres agricoles pour favoriser l'installation agriculteurs et lutter contre la spéculation foncière, ce pouvoir connaît des restrictions importantes dans certaines situations précises.
Les zones urbaines : un territoire excluant le droit de préemption de la SAFER
Le droit de préemption de la SAFER s'applique principalement aux terres agricoles, aux biens ruraux et aux terrains à vocation agricole. Cependant, lorsqu'un bien se situe dans une zone urbaine, c'est le droit de préemption urbain qui prévaut, excluant ainsi l'intervention de la SAFER. Cette distinction repose sur la nature même des missions confiées à ces organismes : tandis que la SAFER œuvre pour l'aménagement foncier des espaces ruraux et la protection de l'environnement, les collectivités locales utilisent leur droit de préemption urbain pour contrôler le développement urbain et mettre en œuvre des projets d'intérêt général.
La délimitation des périmètres urbains dans les documents d'urbanisme
La délimitation des zones urbaines figure dans les documents d'urbanisme locaux, notamment le plan local d'urbanisme. Ces documents identifient précisément les parcelles considérées comme urbanisées ou destinées à l'urbanisation. Lorsqu'un terrain est classé en zone urbaine, il sort automatiquement du champ d'application du droit de préemption de la SAFER. Le notaire chargé de la transaction doit vérifier cette classification avant de procéder à la notification de vente aux différents organismes concernés. Cette vérification évite des complications administratives et permet au vendeur comme à l'acquéreur de sécuriser leur compromis de vente.
La primauté du droit de préemption urbain sur celui de la SAFER
Dans les situations où un bien pourrait théoriquement relever à la fois du droit de préemption urbain et de celui de la SAFER, c'est toujours le premier qui s'impose. Cette primauté découle de la hiérarchie des intérêts publics en présence. Les collectivités locales bénéficient ainsi d'une priorité d'acquisition pour mener leurs politiques d'aménagement urbain, qu'il s'agisse de créer des équipements publics, de développer des logements sociaux ou de préserver des espaces verts. Cette règle garantit que les projets d'urbanisme portés par les élus locaux ne soient pas entravés par l'intervention d'organismes ayant d'autres missions. Le tribunal judiciaire peut être saisi en cas de contestation sur la qualification juridique d'un terrain.
Les transactions immobilières échappant au champ d'action de la SAFER
Plusieurs catégories de transactions immobilières échappent naturellement au droit de préemption de la SAFER, en raison soit de la nature du bien vendu, soit de la qualité des parties à la transaction. Ces exclusions visent à préserver les droits légitimes de certains acquéreurs tout en évitant que le droit de préemption ne devienne un obstacle systématique aux mutations foncières. En effet, sur les quelque 393 800 informations de vente reçues des notaires en 2023, seules 3 750 préemptions ont été exercées, ce qui représente environ un pour cent des transactions notifiées. Parmi ces préemptions, 49 pour cent aboutissent à une acquisition effective par la SAFER, soit 1 840 acquisitions représentant 7 500 hectares pour une valeur de 74 millions d'euros.

Les ventes de biens bâtis à usage d'habitation et leurs exceptions
Les biens bâtis destinés exclusivement à l'habitation ne relèvent généralement pas du droit de préemption de la SAFER. Cette exclusion repose sur le principe que la SAFER intervient prioritairement sur les terres et bâtiments à vocation agricole ou forestière. Toutefois, certaines situations particulières peuvent compliquer cette règle, notamment lorsqu'un bien d'habitation est accompagné de dépendances agricoles importantes ou de parcelles cultivables. Dans ces cas, le notaire doit procéder à une analyse fine de la composition du bien pour déterminer si la notification à la SAFER s'impose. Par ailleurs, lorsqu'un bien dispose d'une autorisation d'urbanisme préalable pour une construction ou un changement de destination, la SAFER ne peut généralement pas intervenir, puisque le terrain perd sa vocation agricole au profit d'un usage résidentiel ou commercial.
Les cessions entre membres d'une même famille ou entre cohéritiers
Le droit rural prévoit une exception majeure au droit de préemption pour les ventes familiales. Lorsqu'une terre agricole ou une propriété forestière est vendue à un membre de la famille proche, sous réserve que l'acquéreur s'engage à exploiter le bien ou à le maintenir dans sa destination agricole, la SAFER ne peut exercer son droit de préemption. Cette disposition favorise la transmission familiale des exploitations agricoles et facilite l'installation de jeunes agriculteurs issus du milieu rural. Les cohéritiers bénéficient également de cette protection lorsqu'ils se partagent un patrimoine rural. Cette mesure vise à préserver la continuité des structures familiales dans le secteur agricole et à éviter l'éclatement des exploitations lors des successions. Néanmoins, ces transactions doivent respecter des conditions strictes de prix et de destination du bien pour être valables.
Les situations juridiques particulières limitant l'intervention de la SAFER
Au-delà des exclusions géographiques et familiales, certaines situations juridiques spécifiques empêchent la SAFER d'exercer son droit de préemption. Ces cas concernent notamment les droits préférentiels accordés à d'autres acteurs ou les transactions répondant à des objectifs d'intérêt général. Le cabinet Tumerelle Avocats, spécialisé en droit rural et droit forestier avec des bureaux à Montélimar dans la Drôme et à Saint-Raphaël dans le Var, conseille systématiquement aux vendeurs de consulter un avocat avant de s'engager dans une vente pour vérifier les conditions d'application du droit de préemption.
Les projets soumis à autorisation d'urbanisme préalable
Lorsqu'un terrain agricole fait l'objet d'une autorisation de défrichement ou d'un permis de construire avant la vente, le droit de préemption de la SAFER devient généralement inapplicable. Cette règle repose sur le constat que le bien a déjà perdu sa vocation agricole par décision administrative, rendant sans objet l'intervention de la SAFER dont la mission consiste précisément à maintenir cette vocation. Les projets soumis à des autorisations d'urbanisme modifient la nature juridique du terrain et le font sortir du périmètre d'intervention des organismes d'aménagement foncier. Cette situation concerne notamment les terrains destinés à accueillir des constructions, des équipements publics ou des aménagements nécessitant un changement de destination. Le locataire d'un bail rural depuis plus de trois ans bénéficie par ailleurs d'un droit de préemption prioritaire sur celui de la SAFER, reconnaissant ainsi son lien particulier avec la terre qu'il exploite.
Les biens faisant l'objet d'une décision administrative ou judiciaire
Certaines transactions échappent au droit de préemption de la SAFER en raison de décisions prises par les autorités administratives ou judiciaires. Les ventes réalisées dans le cadre d'une expropriation, d'une liquidation judiciaire ou d'une adjudication publique ne peuvent faire l'objet d'une préemption. De même, lorsqu'une collectivité locale acquiert un terrain pour un projet d'intérêt général, la SAFER ne peut s'y opposer. Les parcelles forestières de moins de quatre hectares bénéficient d'un droit de préférence accordé au voisin forestier, qui prime sur le droit de préemption de la SAFER. Cette disposition vise à favoriser le regroupement des propriétés forestières et à améliorer la gestion durable des massifs boisés. Dans tous ces cas, le développement local et l'agriculture durable peuvent être poursuivis par d'autres moyens que l'intervention de la SAFER. En cas de contestation d'une préemption, plusieurs recours sont possibles : un recours amiable par négociation, un recours contentieux devant le tribunal judiciaire dans les six mois suivant la notification, ou un recours devant le tribunal administratif en cas d'irrégularités procédurales. Les candidats évincés par une préemption disposent également de voies de recours spécifiques pour faire valoir leurs droits.
